Les enfants vont mal

L’intérêt supérieur de l’enfant risque d’être le grand dénominateur des recommandations du rapport de la commission Laurent, comme il l’est dans la plupart des rapports et des enquêtes dont le Québec est le promoteur. En tout temps c’est cette position de droit de l’enfant qui doit servir de moteur à des changements de lois, d’orientations et de services de même que dans l’application des meilleures pratiques. Il s’agit d’assurer, au quotidien, aux enfants, tous leurs droits et tous leurs besoins dans leur meilleur intérêt. La question reste de savoir comment on interprète ces grands chantiers, quelle compréhension commune on en retient et quels moyens aurons-nous pour assumer nos choix afin de réaliser ce noble mandat de santé et de protection pour tous les enfants.

Or, nos enfants vont mal et ils portent aussi le mal-être des parents et des adultes en général en plus de celui de notre société. La santé mentale de plusieurs est en état de précarité, un fort pourcentage d’adultes et de jeunes consomment des médicaments psychotropes à outrance, par exemple. On les appelle souvent dans le milieu, les pilules du bonheur! L’anxiété est aussi un nouveau fléau généralisé qui touche autant les plus petits que le monde en général. La violence est rampante dans la vie courante, le moral d’un grand nombre est fortement atteint, on assiste par exemple à de plus en plus d’infanticides et de féminoïdes qui nous inquiètent au plus haut point. Ces phénomènes ont bien sûr commencé bien avant la pandémie qui n’a fait qu’exacerber cette violence devenue virale et véritable fléau de notre époque.

Quel est donc le meilleur intérêt de l’enfant dans ce contexte et qu’attendons-nous de la commission Laurent? Pas une réponse à tous les maux de la terre bien sûr mais surtout un premier pas vers une meilleure compréhension du mal-être des familles et de la négligence et de la violence faite aux enfants. Il existe des bases solides et reconnues pour en définir les termes et pour mettre de l’avant les meilleures pratiques pour y arriver. Pour mieux comprendre, il faut revenir aux besoins globaux des enfants et à la Convention qui balise leurs droits fondamentaux.

L’enfant est un être complexe et un humain à part entière. On a vite compris également que chaque enfant est unique d’où la complexité de la chose. Ils ont tous par exemple le même besoin de survie et de protection qu’il faut adresser collectivement mais leurs besoins émotionnels par contre, restent les plus grands déterminants de leur bien-être. L’amour d’un adulte significatif, l’attachement de sécurité et l’identité en sont les manifestations les plus porteuses et cela passe par le soutien aux enfants et aux familles le plus tôt possible dans les milieux, « Agir tôt » dans son sens le plus large, c’est de garantir ces besoins pour tous.

Ce que nous devons attendre des recommandations de la Commission, c’est un grand changement de paradigme des soins aux enfants les plus vulnérables. Il faut inverser la pyramide de soins et de protection en mettant davantage à contribution les ressources locales et les proches aidants dans l’atteinte de solutions pour les supporter et les protéger. L’État, particulièrement dans le cas de la négligence des enfants, redevient un intervenant de troisième niveau et laisse la place à l’entourage de l’enfant et aux ressources de proximité pour agir tôt et bien. On évite ainsi l’engorgement des ressources de la DPJ et cela permet d’éviter une judiciarisation trop précoce des cas de même que des placements risqués des enfants.

Nous attendons aussi une nouvelle façon de faire où l’on traite chaque enfant comme un être unique, avec des besoins qui lui sont propres. Nous souhaitons entendre des propos et des actions liés à la prévention dans le milieu, un accès facile à des services de soins, de garde et de répit pour les familles en difficulté, sans jugement hâtif. Nous souhaitons le maintien de la priorité du maintien des enfants dans le giron biologique élargi, grands- parents, tantes et oncles, familles d’entraide de proximité, tant que c’est possible. On évite ainsi des ruptures et des déplacements traumatiques de l’enfant sous protection de l’état, de même que de nouvelles formes de négligence ou d’abus qui peuvent aussi survenir en famille d’accueil comme dans le vrai monde.

Le dépôt des recommandations de la Commission Laurent devrait donc être un premier pas vers une société plus responsable de ses enfants et plus supportante pour les familles avec une DPJ renouvelée et plus agile. Par la suite, on devra urgemment se pencher sur le mal-être généralisé d’une grande partie de l’humanité en voie de perdre ses plus grandes valeurs.

 

DGilles Julien
Pédiatre social et directeur clinique,
président fondateur, Fondation Dr Julien

Dr Gilles Julien

À Propos de la pédiatrie sociale

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